La jeune fille et la flûte

Publié le par M A B

La-jeune-fille-et-la-flute.jpgIl était une fois, les histoires commencent toujours par il était une fois, un pays de cocagne jonchant une falaise et une jeune fille de pêcheur douce comme le plat du sable léché par l'océan.
Elle rêvassait en scrutant l'horizon. Une musique frappa son oreille. Un garçon si repoussant apparut. La belle prit peur et eut juste le temps de se cacher derrière un rocher. Il avait en guise de pieds et de mains des sabots crochetés, un visage au nez courbé et des poils épars sur tout le corps, ses jambes biscornues faisaient penser à ceux d'une chèvre. De son  pipeau sortait une musique inspirée des dieux eux-mêmes.
Au même instant, par on ne sait quel enchantement, elle s'éprit follement de cet hominidé. Son cœur battait la chamade, une chaleur inconnue jusqu'ici lui tordait le bas ventre, elle tenta de s'approcher mais le petit être disparut dans un éclair.
La jeune fille rentra chez elle et ne dit rien à ses parents de cette aventure. En vérité, elle avait honte de son émoi. Elle ne mangeait plus et passait son temps au bord de la falaise, dans l'espoir de revoir sa créature au pipeau. Plusieurs jours passèrent ainsi.
Puis les jours passant, elle se  fit une raison et cette histoire fit place au rêve. Elle cueillait un bouquet de fleurs sauvages quand la créature apparut de nouveau. Elle lui sourit et il lui dit :

Danse belle et jeune écervelée
Danse et oublie ton histoire
Car déjà ton esprit se gondole
Sous la finesse de mon enjoliveuse flûte


La jeune fille tournoya sur elle-même dans une grâce  indicible, et la créature de jouer du pipeau. Il en fut ainsi jusqu'à la tombée du jour. Il disparut et la belle s'en retourna chez elle, fatiguée, rompue et si triste qu'elle fut prise d'un mal épouvantable qui la laissa presque sans vie. Ses parents inquiets firent venir tous les médecins du monde, toutes les potions furent concoctées mais sans effets. La belle ni ne parlait, ni ne mangeait.  Une étrange femme se présenta  et proposa de guérir la muette.  Les parents désespérés acceptèrent, non sans crainte.

Elle resta ainsi autour de la jeune fille en marmonnant de drôle de mots et brandissant des herbes du diable dessus son petit corps.
Quelques temps plus tard, Elle leur assura la guérison de la douce enfant à la seule condition qu'elle épouse son fils. Les parents horrifiés acceptèrent. La vieille n'oserait jamais accomplir ses tristes desseins une fois leur enfant guéri.

Ainsi, la jeune fille reprit miraculeusement des forces. Les beaux jours revinrent et les parents oublièrent leur promesse. Quelques mois passèrent, la vieille femme revint demander son dû. La jeune fille refusa de la suivre et les parents chassèrent l'impie. Une terrible colère s'empara d'elle et un sort terrible fut jeté sur la
 pauvre fille.

Par la corne de Satan,
Nul homme, nul prince n'épousera cette jeune beauté
 qui se fanera dans son 18 ème été
si elle ne reçoit un baiser.

La  jeune fille se métamorphosa. Ses oreilles délicates et rondes devinrent longues et pointues, sa chevelure soyeuse, rêche et emmêlée, ses doigts fuselés, crochus et poilus. Elle devint si laide et repoussante que ses parents eux mêmes ne pouvaient soutenir son regard. Elle décida de quitter son foyer et s'installa dans une grotte isolée.

Les jours, les mois passèrent dans cette solitude morne. Une routine s'installa. Sa mère, lui apportait quelques victuailles une fois par semaine.
Souvent, le souvenir de sa créature musicienne venait la hanter la nuit. Elle pleurait à chaudes larmes et s'endormait sur ses spasmes.

Les années passèrent, la jeune fille devint une vieille femme. Elle devait avoir 18 ans et le sort de la sorcière devait s'accomplir le lendemain même. Elle se fanerait telle une fleur à peine éclose. Une vie courte et sordide. Elle attendait sa mort, résignée. Elle s'endormit paisiblement. Qui pouvait se soucier d'elle maintenant ? Même ses parents autrefois si aimants l'avaient abandonnée. C'est alors qu'elle sentait toute sa force l'abandonner, qu'un son familier frappa son oreille, sa créature de la falaise était revenue. Elle sortit :

Danse laide et vieille  écervelée
Danse et oublie ton histoire
Car déjà ton esprit se gondole
Sous la finesse de mon enjoliveuse flûte


Elle ondula, ses pieds tapait le sol, elle tournoyait. Et à mesure qu'elle tournoyait, son corps redevenait jeune et fort. Elle tournoyait encore et encore et il en fut ainsi jusqu'au levé du jour. Il arrêta et dit:
Si tu le désires, mais seulement si tu le souhaites du plus profond de ton être, je t'emmène sur mon île et je ferai de toi ma reine. Elle accepta et le suivit.

L'île était étrange. Des serpents jonchaient le sol et la créature leur commandait. La jeune femme apprit la magie des ombres et devint experte dans le maniement des vents. De leur amour naquit des tempêtes et des tornades.

Plus tard, ils apprirent la mort de ses parents foudroyés en pleine mer dans une tempête jamais vue encore.

On raconte que sur cette île, aujourd'hui encore, ils coulent des jours paisibles parmi les serpents et les vents protecteurs.

 

Texte : LuNa A

Illustation : Jo99


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LuNa A et JO99 03/12/2010 23:20



Vos commentaires nous font très beaucoup plaisirs et nous vous remercions !



laglesine 03/12/2010 20:29



Bel assemblage de mots et de traits pour un bel opus !



vauerlydubitative 03/12/2010 17:46



A chaque fois que vous collaborez tous deux,....ça l'fait!



josée 03/12/2010 14:21



Je reste bouche bée, un beau dessin et un texte rempli de symbolique et de double fonds. Bravo pour cette colaboration!



nancy 03/12/2010 13:34



Très beau texte, très belle image!