Il pleut. Des heures que je marche. La pluie gelée transperce mes vêtements, ma peau. L'eau me pénètre jusqu'aux os. C'en est douloureux. Je suis transie. Mes cheveux plaqués sur mon visage, collants... Coulent-ils encore le long de mon visage ? Ou bien ne font-ils plus qu'un avec le fluide glacial ? Avec ma chair ?
Je ne parviens plus à distinguer les divers éléments me constituant. Ni l'intérieur. Ni l'extérieur. Je suis gelée et je brule. M'essuyer ne sert à rien. Avec quoi d'abord ? Mes mains mouillées ?
Mes paupières me brulent. Je ne vois plus. Pourquoi ne me suis-je pas abritée ? Quelle raison a bien pu me pousser à continuer ? Comme si de rien n'était. Avancer toujours.
Pourtant j'ai bien vu qu'aujourd'hui n'était pas comme les autres jours. Qu'est-ce donc que cette pluie ? Elle vit. Peut-être que cela a toujours été le cas. Mais quelque chose est différent cette fois.
Et cependant je la laisse faire. Je sens qu'elle prend possession de moi. Animale. Aurais-je donc été aveugle jusqu'ici pour ne jamais remarquer sa puissance ? Maintenant que je n'ai plus la vue, je vois. Elle a clos mes yeux. Je ne parviens pas à les rouvrir. Mais j'ai la vision intérieure.
Je ne possède plus que cela, même. Mon corps ne m'appartient plus. Elle a glissé doucement dessus. S'est immiscée à l'intérieur par capillarité. Elle serait hilare si la possibilité de rire lui était donnée. J'en tremble de toute la force de mes os.
Elle se moquerait, comme j'ai toujours si bien su le faire à mon encontre.
Une fois de plus je me suis laissée faire. Je l'ai vue arriver et n'ai rien tenté pour l'éviter.
L'aimerai-je pour cela si toutes deux nous ne faisons plus qu'une, jusqu'à n'être plus rien ?
Et cela fera t-il vraiment une différence avec hier ?
J'entends la fureur d'un torrent. En moi et à l'extérieur. Un grondement sourd à m'en percer les oreilles. Je mets mes deux paumes, doigts ouverts, je les plaque pour ne plus rien entendre.
Mais je ne peux plus échapper au bruit. A celui de la vie ou de la mort. Partout. Même le moindre souffle d'air peut être entendu. Comment ai-je pu ignorer toutes ces évidences éclatantes jusqu'ici ?
Les hurlements des morts de faims qui n'en finissent pas de souffrir vivants. La fin prévue de toute éternité ne sera jamais. Car il restera toujours quelque chose.
Et je ne pourrais pas lui échapper.
Les éléments sont tout. Et je me désagrège. Je les rejoins. Par le caniveau je m'enfuis.
Fin.
Feuille d'arbre verte dans le printemps, je te vois. Par la main de ton aimée, je te caresse. Etoile dans le ciel, je t'éclaire. Couteau sorti d'usine, je te blesse. Sang mêlé de pluie.
Et t'aimer encore, pour l'éternité.